Exposition
Wolfgang LAIB
" Ailleurs "
du 6 mars au 30 mai 1999 Carré d'Art - Musée d'Art Contemporain
Place de la Maison Carrée
30 031 Nîmes cedex 1 Tél. 04 66 76 35 70 Fax. 04 66 76 35 85
Email : carreart@mnet.fr
Il y a
dans l'œuvre de Wolfgang Laib quelque chose d'irréductiblement singulier :
une dimension particulière que peu de plasticiens avant lui ont cherchée à
atteindre et qui confère à ses travaux un statut excédant celui d'œuvre d'art.
Deux noms cependant viennent à l'esprit, ceux de deux artistes qui, comme
lui, se sont ouverts largement aux influences de l'Orient : Casimir Malévitch
et Joseph Beuys.
Comme eux, Wolfgang laib tente de réaliser l'utopie d'un art qui soit partie
intégrante de la vie et s'affirme comme une expression idéale de l'Etre. Paradoxalement,
à l'origine de cette démarche complexe, on trouve des formes d'une simplicité
et d'un dépouillement rares.
Et c'est cela, notamment, qui déconcerte et déroute la critique.
Car, bien que l'on décèle des analogies, avec d'autres courants artistiques,
les visées sont ici radicalement différentes.
Ainsi, la clarté et l'économie des formes de Wolfgang Laib rappellent le minimalisme
; mais cette proximité est toute superficielle, le sens de l'œuvre ne s'arrêtant
jamais pour lui à son apparence seule.
De même, une certaine évidence de ses énoncés plastiques le rapproche du courant
conceptuel, mais là aussi le vide que requièrent ses œuvres, le silence par
lequel elles se définissent, ne sont pas étayées, parallèlement, par un appareil
théorique imposant. Invariablement, à chaque fois que l'on est placé en présence
de l'une d'elles, une émotion naît en nous qui dépasse la simple expérience
esthétique telle que, depuis la Renaissance, des siècles de rationalisme critique
l'ont définie - une émotion qui nous renvoie à l'origine de cette expérience
: lorsque l'art n'était pas encore une discipline des sciences humaines par
mi d'autres, mais participait de la condition même de l'être.
Cette dimension particulière de l'œuvre de Wolfgang Laib, qui la rend si singulière,
relève de ce que l'on ne peut que nommer par défaut : le sacré.
De fait, dès son origine, cette démarche apparaît comme la tentative d'atteindre
une sorte d'unité première entre l'homme et l'univers, de réaliser une communion
de l'humain avec le cosmos, et cela au travers d'activités contemplatives
: le polissage du marbre, la récolte du pollen - des rites comme le versement
du lait, le tamisage du pollen - d'offrandes : celle du lait, celle du riz,
… Du coup toutes les relations à son œuvre s'en trouvent modifiées.
Se placer devant une " pierre de lait " ou une " maison de riz " de Wolfgang
Laib comme devant n'importe quelle autre œuvre d'art contemporain, c'est risquer
de ne pas voir ses œuvres ou pour le moins de se méprendre lourdement sur
leur essence et leur finalité. Elles nécessitent en effet une préparation
quasi initiatique.
De là, le soin que l'artiste porte à leur mise en espace ; celle-ci fait leur
place au vide, à la lumière, à la pureté, au silence.
Elles réclament un regard neuf, loin des facilités du sens commun qui nous
fait donner à chaque chose son nom et une fonction.
Elles appellent une autre durée où le temps n'est plus celui des horloges
mais celui des cycles des saisons, des âges de la vie.
En définitive, elles s'accomplissent dans la résurgence, en nous, d'un héritage
extrêmement ancien et universel : celui de notre capacité d'émerveillement
devant la beauté primordiale de la nature.
Guy Tosatto, Directeur du carré d'art - Musée d'Art Contemporain et commissaire
de l'exposition.