interview voir.ca - oct1999
DAVID GUEZ a mis sur pied TV-ART, un réseau européen qui diffuse en permanence sur Internet reportages, documents, créations. Alors que nous attendons fiévreusement un réseau des arts au Canada, la télévision se fera-t-elle dépasser par Internet?
TV-ART est une télévision interactive européenne sur les arts qui, contrairement à la chaîne ARTE, n'a pas besoin de l'aval du CRTC pour qu'on puisse la regarder au Québec... C'est que la programmation d'TV-ART, qui se veut un espace dédié à la création contemporaine, diffuse sur Internet, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des reportages, des portraits d'artistes et des extraits d'&brkbar;uvres.
Lancée en mars 1999, avec très peu de moyens, TV-ART.NET est rapidement devenue l'une des aventures les plus originales dans le domaine de la couverture en ligne d'événements artistiques en Europe. Après cinq mois d'existence, TV-ART peut déjà se vanter d'avoir diffusé près de 120 documents vidéo et multimédias, le tout dûment archivé sur son site. Selon le fondateur de TV-ART, David Guez, TV-ART «a un taux de fréquentation élevé, la plaçant au premier rang des chaînes culturelles Internet en France et en Europe».
TV-ART, consciente que les télévisions ont laissé un espace vacant sur le Web, a choisi de négocier une entente avec la chaîne de télévision ARTE (www.arte.fr). «À partir du mois de septembre, ARTE diffusera sur son site certaines des vidéos réalisées par l'équipe de TV-ART; un lien entre les deux sites sera également établi, nous écrit David Guez depuis Montreuil, en France. D'autres collaborations sont également envisagées, notamment autour des cartes blanches développées par TV-ART.»
Mieux que la télé?
Originale, TV-ART? Cette téléweb ne fait pas que la couverture d'événements,
tels ses nombreux reportages sur la dernière Biennale de Venise, mais
elle a aussi ouvert ses portes à des projets d'artistes explorant le
Web comme plate-forme artistique. Cette section du site Web d'TV-ART, nommée
«Carte blanche», fait ce que la télévision ne peut
pas faire, c'est-à-dire offrir la possibilité à des artistes
de travailler à des projets multimédias, tout en trouvant en TV-ART
un diffuseur pour leurs projets.
«La rubrique Carte blanche est un lieu d'expérimentation et de réalisation de projets spécifiques, dit David Guez. Chaque artiste devient ainsi responsable d'une véritable chaîne de télévision sur Internet.» Par exemple, cette section propose le travail d'Olga Kisseleva, une artiste ayant imaginé un dispositif intitulé How are you?. Ses reportages proposent une série de réponses à la question «How are you?». Filmés en vidéo, ils sont accompagnés d'hyperliens placés entre les vidéos, les textes et les sons. Dans le même esprit, Fulvia Nicolini, dans 8 h 40, filme chaque matin, au réveil, à 8 h 40 exactement, un avion qui décolle.
C'est ce type de contenus qui fait dire à David Guez que le Web est en voie de transformer notre petit écran. Est-ce que le Web peut devenir une solution de rechange à la télévision? «Le Web deviendra non seulement une alternative, mais une évolution évidente qui, à terme, éliminera la télévision d'aujourd'hui, dit-il. Nous sommes à la limite entre la télé sur le Web et le Web sur la télé. Peu importe la forme de lecture du Web, ce sont quand même les critères du Web qui vont améliorer cette télévision.»
Ces critères du Web sont, pour David Guez, l'archivage, les émissions en parallèle, l'hypervidéo (comme hyperlien, mais sur une vidéo) et les télévisions ultra-spécialisées. «La télévision va exploser d'ici quelques années les télés dites "têtes d'épingles" ou "nanotélévisions" en réseaux (c'est-à-dire avec des contenus très spécialisés) vont remplacer les structures actuelles de la télévision. Ainsi, les relations entre l'offre et la demande, et entre les émetteurs et les récepteurs, vont prendre des chemins différents, multiples, ouverts et libres», poursuit Guez.
Afin d'élargir ses horizons, TV-ART dit vouloir développer des projets avec le Québec, et même, pourquoi pas, voir au «développement d'une structure TV-ART au Québec».