Cher David

 

Ce manifeste L’art des Bruits, publié à Milan en langue française le 11 mars 1913 (l’année du premier ready-made

de Marcel Duchamp mais aussi de la création du Sacre du Printemps)  est l’oeuvre du peintre futuriste Luigi

Russolo (1885-1947), cosignataire des Manifeste des peintres futuristes (11 février 1910) et Manifeste technique de la

peinture futuriste (11 avril 1910), venu rénover l’art musical, y compris celui des compositeurs futuristes (Balilla

Pratella à qui ce manifeste est en partie dédié).

Ce texte, fondateur des pratiques électroacoustiques, réédité et augmenté en italien sous le titre L’arte dei rumor

(Poesia, septembre 1916), aura influencé à la fois Edgard Varèse, Erik Satie, John Cage et bien entendu Pierre Schaeffer

(qui ne le cite qu’une fois dans son livre A la recherche de la musique concrète), ses acolytes et ses soi-disants descendants...

Historiquement, l’introduction du bruit en musique n’est cependant pas une idée nouvelle : les fameuses chansons de

Clément Janequin (1485-1558), par exemple : Le caquet des femmes, Les cris de Paris, Le chant des oiseaux.... où le compositeur

privé des machines adéquates développe musicalement des onomatopées de la vie courante, leur conférant ainsi une valeur

artistique inédite.

On ne sera pas surpris de retrouver le lettriste Maurice Lemaitre (à la suite des travaux d’Isidore Isou) à l’origine de la

réédition française de L’art des Bruits (Richard Masse, 1954), tentant de remettre Luigi Russolo à sa place.

Il faudra attendre les années 70 pour voir 2 nouvelles publications chez l’Age d’Homme (Futuristie, 1973, véritable somme

des manifestes futuristes) ainsi que L’art des Bruits dont c’était la dernière publication, épuisée comme toutes les éditions

précédentes.

Il ne reste absolument rien des travaux sonores de Russolo : Risveglio di una citta (Réveil d’une cité), 1914, Si pranza sulla terrazza del kursaal (On déjeune sur la terrasse du Kursaal), 1914, Convegno di automobili e aeroplani (Congrès d’automobiles et d’avions), 1914... qui subsistent sous forme de partitions pour ses instruments les intonarumori et autre rumorharmonium, détruits partiellement en 1930 à Paris (puisque entreposé au Studio 28), lors de ce pré-happening historique que fut la première présentation de L’Age d’Or de Bunuel et Dali.

FREDERIC ACQUAVIVA