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Canal musique contemporaine
DENIS DUFOUR
Dépassant l'intitulé de cette rubrique, Denis Dufour (1953)
n'a cependant pas la renommée
qui lui viendra ipso facto le jour où l'on s'occupera des autres compositeurs
électroacoustiques, acousmatiques et non pas du seul Pierre Henry.
Comme dans le cinéma où le syndrome Godard occulte les véritables
prédécesseurs
(par exemple Isou, Wolman, Lemaitre) ainsi que les créateurs isolés
(Hanoun), dans la
musique de support, l'effet Henry masque les Russolo ou bien les Dufour d'aujourd'hui
et de demain.
Pourtant, comme son aîné glorieux, Denis Dufour fait parti des
(rares) têtes qui
dépassent de la pratique électroacoustique, par sa personnalité
et la vie qu'il insuffle
aux différentes images acoustiques de ses (nombreuses, voir le catalogue)
compositions.
Comprenant la nécessité créatrice d'un studio personnel
(même rudimentaire, dès 1984)
ce qui m'explique la différence d'implication (et donc de résultat)
entre son travail,
sa poétique et les exercices scolaires de ses confrères fonctionnaires
du GRM,
groupe dont il est le dissident alors qu'il devrait en être le porte-parole,
l'exemple.
Dans cette logique inversée, l'oeuvre de Denis Dufour surprend par
sa liberté
(tantôt purement instrumentale ou bien mixte ou totalement acousmatique).
Des oeuvres telles que Messe à l'usage des vieillards (en fait destinée
aux acousmates de métier),
Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Flèches,
Ebene sieben témoignent d'une
singularité dont la clé nous est en partie dévoilée
dans la courte interview audio ci-jointe.
En effet, loin d'être uniquement un compositeur du ressentir, de la
perception, Denis Dufour
apparaît comme un compositeur hyper-conceptuel puisque c'est à
travers les propositions
de contrainte de l'écrivain Tom Aconito qu'il réalise des oeuvres
d'une grande diversité et
maîtrise.
Ebene Sieben, pièce de 25' dédiée à Stockhausen
dont elle emprunte une citation (l'enfant de
Gesang der Jünglingle, cette pièce infinie) ainsi que le mot pluramon,
dit par le compositeur
allemand lui-même, est une pièce d'une grande sobriété,
minimale d'aspect , qui sait cacher ce
qu'elle pourrait démontrer trop facilement. Sonnant presque (on est
loin ici du consensus electro-
acoustique et de ses sempiternelles déformations convenues) comme une
musique industrielle,
usant de sons techno, mais démembrés.
C'est à la vision du cadavre de cette musique techno (épiphénomène
commercial qui rêverait de
s'émanciper mais qui alors découvrirait les territoires des
musiques dites contemporaines - évidemment
je ne parle que de celles qui ne sont pas le reflet du conformisme de leur
micro-milieu, quelles soient aléatoires,
répétitives, sérielles, spectrales, concrètes,
électroniques, etc...), que nous sommes conviés.
Symbolisme musical, calculs ésotériques mais aussi clarté,
profusions de détails quasi baroques,
finesse, musicalité, jouissance sonore de l'instant et du devenir.