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Idée de projet

EME / Moonbounce : envoyer un message à la Lune pour parler au futur

22.06.2026

L’EME utilise la Lune comme réflecteur radio : un message quitte la Terre, rebondit sur la surface lunaire et revient quelques secondes plus tard. Pour A.L.I, ce dispositif peut devenir une horloge, une boucle et une forme de message vers le futur.

L’EME, pour Earth-Moon-Earth, est une technique de radio qui utilise la Lune comme miroir imparfait. On émet un signal depuis la Terre vers la Lune ; une infime partie de ce signal est réfléchie par la surface lunaire ; cette trace revient vers la Terre et peut être reçue par la station d’origine ou par une autre station qui voit aussi la Lune.

Schéma technique EME Terre Lune Terre avec boucle de message
Schéma A.L.I : trajet Terre-Lune-Terre, chaîne matérielle et boucle de répétition du message.

Principe physique

La Lune n’est pas un satellite de télécommunication actif. Elle ne reçoit pas, ne comprend pas et ne réémet pas volontairement. Elle réfléchit seulement une petite partie de l’énergie radio qui arrive sur elle. C’est précisément ce qui rend l’EME fascinant : le message revient modifié par la distance, la perte de trajet, la rugosité lunaire, le Doppler, le bruit et le temps.

Terre émission → trajet radio → surface lunaire → réflexion faible → Terre réception

Le trajet aller-retour Terre-Lune-Terre prend environ 2,4 à 2,7 secondes selon la distance de la Lune. Ce retard est perceptible : on peut envoyer un signal bref, attendre, puis entendre son propre écho lunaire. Dans un projet A.L.I, ce délai devient une matière : la Lune n’est plus seulement un objet lointain, elle devient une mémoire temporaire de quelques secondes.

Ce qu’il faut pour une station EME

Une station EME n’est pas un simple talkie-walkie. Le signal subit une perte énorme. Il faut donc combiner plusieurs choses : une antenne très directive, une émission stable, parfois un amplificateur, un récepteur sensible, un préampli faible bruit placé près de l’antenne, et un logiciel capable de décoder des signaux très faibles.

ÉlémentRôleExemple / lienOrdre de coûtDifficulté
Licence radioamateurAutoriser légalement l’émission sur les bandes concernéesANFR / radio-clubs locaux selon paysvariableadministratif + examen
Transceiver VHF/UHF tous modesÉmettre et recevoir en SSB/CW/digitalIcom IC-9700environ 1 400 à 2 000 €/$ selon marchéconfiguration
Antenne directive 144 MHz ou 432 MHzConcentrer l’énergie vers la LuneM2 Antennas EME700 à 1 500+ $ l’antenne, plus structuremécanique
Rotateur azimut / élévationSuivre la Lune dans le cielYaesu G-5500DC700 à 1 000+ €/$installation
Préampli faible bruitAmplifier le signal reçu avant les pertes du câbleSSB Electronic SP-2000 / SP-7000250 à 500 $ selon bandecâblage RF
Amplificateur RFAugmenter la puissance utile vers l’antenneampli VHF/UHF adapté à la bande500 à 2 000+ €/$technique + sécurité
Câbles coaxiaux faibles pertesLimiter les pertes entre radio, ampli, préampli, antenneLMR-400, Ecoflex, Aircom, connecteurs N100 à 400 €/$soin connectique
Logiciel faible signalEncoder/décoder les messages sous le bruitWSJT-X, mode Q65gratuitapprentissage

Trois versions possibles

Version écoute / apprentissage. On commence sans émettre : suivre la Lune, écouter les bandes EME, comprendre les logiciels, simuler des messages. Coût faible, aucune émission, difficulté modérée.

Version petite station expérimentale. Une antenne directive, un transceiver stable, WSJT-X, éventuellement un préampli. On peut tenter des contacts numériques très faibles si l’autre station est puissante. Coût probable : 2 500 à 5 000 €/$ selon occasion et bricolage.

Version station A.L.I dédiée. Antenne ou réseau d’antennes, rotateur piloté par ordinateur, ampli RF, préampli au mât, scripts de codage/décodage, archivage des échos, visualisation du délai et de la phase. Coût probable : 6 000 à 15 000+ €/$ selon ambition.

Schéma technique minimal

texte A.L.I
   ↓
encodeur : texte → séquence courte / tonalités / Q65 / CW expérimental
   ↓
ordinateur + interface audio / CAT
   ↓
transceiver VHF/UHF
   ↓
ampli RF → relais émission/réception → antenne directive motorisée
   ↓
LUNE
   ↓
écho faible → préampli faible bruit → transceiver
   ↓
logiciel de décodage + horodatage + archivage

La Lune comme délai, pas comme destinataire

Dans l’EME classique, la Lune sert à relier deux stations terrestres. Pour A.L.I, on peut déplacer légèrement la question : et si la Lune devenait une machine à retarder les messages ? On n’envoie pas seulement un contenu à quelqu’un ; on l’envoie dans un circuit où il revient transformé, daté, affaibli, presque spectral.

Boucles : envoyer, recevoir, renvoyer

L’idée la plus forte pour A.L.I serait de ne pas faire un seul envoi, mais une boucle. Un message est envoyé vers la Lune. Quand son écho revient, il est enregistré, décodé, comparé à l’original, puis renvoyé. À chaque cycle, le système ajoute une couche : date, heure, état de la Lune, puissance reçue, erreurs, phase, bruit, fragment du message précédent.

M0 = message original
M1 = écho lunaire de M0 + date + erreurs
M2 = écho lunaire de M1 + nouvelle date + nouvelles erreurs
M3 = écho lunaire de M2...

Le message devient alors une suite de survivances. Il ne se contente pas de voyager dans l’espace : il traverse une série de présents. La répétition fabrique une forme de futur, non pas parce que le signal reste dans l’espace pendant des années, mais parce que le protocole décide de le relancer encore et encore.

Message au futur

On pourrait programmer une station A.L.I pour réémettre chaque nuit le même message vers la Lune, puis enregistrer son écho. Après un mois, le message aurait trente retours. Après dix ans, des milliers. Chaque retour serait presque identique et pourtant différent : bruit radio, météo, position lunaire, dérive d’horloge, état de la machine, évolution du texte.

Le futur ne serait donc pas un point lointain où l’on dépose une capsule. Il serait produit par une discipline de répétition. Une phrase adressée à la Lune deviendrait un rituel technique : si quelqu’un écoute plus tard, il ne reçoit pas seulement un message, mais la preuve qu’un système a insisté.

Questions pour A.L.I

  • Un message répété pendant des années devient-il plus intelligible ou plus mystérieux ?
  • Faut-il garder les erreurs de décodage comme partie du langage ?
  • La Lune peut-elle servir de ponctuation cosmique : chaque écho marquant un battement entre deux mondes ?
  • Peut-on imaginer un protocole où chaque réception réécrit légèrement le message avant de le renvoyer ?

Sources et matériel

Question LABO : si un message revient toujours avec un peu de bruit, faut-il corriger le bruit ou l’écouter comme la signature du trajet ?