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Idée de projet

Golden Record contemporain

19.06.2026

Refaire aujourd’hui un disque ou objet-message pour l’espace : sons, images, langues, données, mode d’emploi, politique de la représentation et protocole de décodage.

Hypothèse : refaire aujourd’hui un objet-message inspiré du Golden Record de Voyager : un disque, une plaque, une capsule ou un artefact lisible dans le temps long, capable de stocker une version contemporaine de ce que l’humanité choisirait d’envoyer dans l’espace.

Couverture du Golden Record Voyager
Référence : la couverture du Golden Record des sondes Voyager, pensée comme mode d’emploi physique et cosmique.

Point de départ

Le Golden Record envoyé avec Voyager 1 et Voyager 2 en 1977 n’est pas seulement un disque. C’est un objet total : archive sonore, collection d’images, salutations humaines, musiques, sons naturels, instructions de lecture, carte pulsar et geste symbolique. Il parle autant de la Terre que de notre désir d’être compris.

Un Golden Record contemporain devrait poser la même question, mais depuis un autre monde : le nôtre, après Internet, les crises climatiques, l’intelligence artificielle, les réseaux, les migrations de données, la surveillance, les images satellites, les sons compressés, les archives fragiles et les cultures globalisées.

Question A.L.I

Si nous devions envoyer aujourd’hui un objet dans l’espace, que faudrait-il y mettre : le meilleur de nous-mêmes, le plus vrai, le plus divers, le plus utile, ou le plus décodable ?

Objet possible

L’objet pourrait ne pas être un disque au sens strict. Il pourrait devenir une famille d’artefacts :

  • Disque gravé : référence directe au vinyle/cuivre, lisible comme objet analogique.
  • Plaque microgravée : texte, schémas, images et partitions gravés à très haute densité.
  • Cristal de données : support optique ou quartz, pensé pour le stockage longue durée.
  • Capsule hybride : objet contenant plusieurs supports : analogique, optique, magnétique, imprimé.
  • Objet sculptural : une forme qui contient déjà une partie de son mode d’emploi.

Le support devrait être lisible sans dépendre uniquement d’un logiciel disparu. Plus l’objet est autonome dans ses instructions, plus il résiste au temps.

Contenu possible

Une version contemporaine pourrait être organisée en couches.

  • Instructions de lecture : mathématiques élémentaires, unités physiques, schémas du support, sens de lecture.
  • Position : carte pulsar actualisée, position du Système solaire, époque d’émission.
  • La Terre : atmosphère, eau, continents, cycles, climat, biosphère.
  • Le vivant : ADN, cellules, espèces, symbioses, microbes, plantes, animaux, humains.
  • Les humains : corps, gestes, visages, langues, jeux, soins, conflits, habitats.
  • Les sons : vent, pluie, mer, cœur, voix, machines, villes, forêts, silences.
  • Les musiques : non pas “les meilleures”, mais une cartographie de pratiques : rituels, populaires, savantes, électroniques, improvisées.
  • Les données : images satellites, modèles climatiques, cartes de réseaux, signaux radio, fragments de code.
  • Les questions : ce que nous ne savons pas, ce que nous cherchons, ce que nous craignons.

Ce qui change depuis 1977

  • Internet : l’humanité contemporaine est traversée par des flux de données, pas seulement par des objets culturels isolés.
  • Climat : envoyer la Terre aujourd’hui implique de montrer sa fragilité, pas seulement sa beauté.
  • IA : il faut inclure nos machines de langage, sans leur confier la représentation totale de l’humain.
  • Exoplanètes : nous savons maintenant que les planètes sont nombreuses ; le message s’adresse à un cosmos plus peuplé d’hypothèses.
  • Diversité : impossible de prétendre représenter l’humanité avec quelques voix dominantes.
  • Compression : nos images et sons sont souvent codés, compressés, dépendants de formats ; il faut expliquer comment les lire.

Protocole de décodage

La première partie de l’objet devrait être un manuel de décodage. Il pourrait utiliser plusieurs redondances :

  • Gravure visuelle : les premiers signes sont directement visibles.
  • Mathématiques : nombres premiers, hydrogène, unités de temps et de longueur.
  • Audio analogique : une piste sonore lisible par rotation ou balayage.
  • Images basse résolution : faciles à reconstruire, avec dimensions explicitement gravées.
  • Code source minimal : petits programmes imprimés, lisibles comme algorithmes.
  • Redondance : la même information existe en texte, image, son et schéma.

Le message doit enseigner son propre lecteur. L’objet ne doit pas seulement contenir des données, il doit contenir une pédagogie.

Forme artistique

Le nouveau disque pourrait être présenté comme une installation avant d’être imaginé comme objet spatial. Une table noire, un disque ou une plaque au centre, des écouteurs, des images, des sons, des schémas de décodage, une interface permettant au public de proposer un fragment à ajouter.

L’installation deviendrait une question publique : qui a le droit de parler au nom de la Terre ?

Versions possibles

  • Version 1 : disque terrestre. Un objet exposé, non envoyé, qui rejoue l’idée du Golden Record comme exercice critique.
  • Version 2 : archive ouverte. Une base de données participative, où chaque contribution est classée par type : son, image, mot, geste, code, silence.
  • Version 3 : objet physique. Une plaque gravée ou disque imprimé, avec sélection limitée et mode d’emploi.
  • Version 4 : message simulé. Le contenu est converti en signal radio, laser, son ou lumière par le poste transcodeur A.L.I.
  • Version 5 : capsule réelle. Collaboration avec laboratoire, ballon stratosphérique, CubeSat, mission artistique ou archive spatiale.

Matériel et fabrication

  • Gravure laser : plaque aluminium anodisé, acier, laiton, cuivre ou céramique.
  • Découpe CNC : disque ou plaque avec schémas gravés.
  • Impression haute résolution : microtextes, cartes, diagrammes.
  • Stockage numérique : carte mémoire, puce, support optique, mais accompagné d’instructions analogiques.
  • Audio : disque vinyle, bande magnétique, fichier PCM non compressé, ou piste visuelle type spectrogramme.
  • Boîtier : capsule transparente ou métal, avec mode d’emploi gravé à l’extérieur.

Risque politique

Le Golden Record original était magnifique, mais il était aussi une sélection. Tout disque contemporain doit assumer que représenter l’humanité est un acte politique. Il faudra choisir, traduire, exclure, compresser, hiérarchiser.

Une méthode possible serait de ne pas chercher une image unique de l’humanité, mais d’envoyer plusieurs contradictions : beauté et violence, savoir et ignorance, soin et destruction, langage et bruit.

Liste de contenus A.L.I possible

  • Un battement de cœur humain et un battement synthétique.
  • Le son d’une ville la nuit et celui d’une forêt humide.
  • Une image de la Terre vue par satellite et une carte dessinée par un enfant.
  • Des salutations dans des langues humaines, mais aussi des gestes non verbaux.
  • Un alphabet, des nombres, des molécules, des rythmes.
  • Des fragments de code informatique et des partitions musicales.
  • Des enregistrements de machines : modem, radio, serveur, train, drone.
  • Des silences : désert, chambre, espace simulé.
  • Une section “erreurs humaines” : guerre, pollution, extinction, oubli.
  • Une section “questions” : êtes-vous là ? comment percevez-vous le temps ? qu’est-ce qu’un signe pour vous ?

Prototype conseillé

Commencer par une version exposable : une plaque A3 gravée avec le mode d’emploi, un disque ou une capsule au centre, et une interface Web qui permet d’explorer les sons/images/données. Le contenu peut ensuite être exporté en plusieurs formes : PDF gravable, son, spectrogramme, image binaire, signal radio simulé.

Ce prototype pourrait dialoguer avec les autres outils LABO : l’orgue lumineux rejoue une partie musicale, le poste radio transcodeur transforme le contenu en signal, le doigt Morse envoie une salutation minimale.

Sources

Question LABO : faut-il envoyer une image idéale de l’humanité, ou une archive assez honnête pour être comprise comme vivante ?