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Idée de projet

Hypothèse du langage actif

Une hypothèse A.L.I sur le pouvoir réel du langage : du mot sans effet devant une chaise à la déclaration de guerre, du performatif au code, jusqu’à l’idée d’une langue capable de produire des transformations physiques.

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Hypothèse de départ : le langage n'est pas seulement un outil de description. Il est aussi une force d'organisation du réel. Il peut nommer, ordonner, promettre, condamner, déclarer, consoler, programmer, mobiliser, soigner, blesser, faire obéir, faire croire, faire agir. Mais jusqu'où va cette puissance ? Peut-on imaginer un langage qui ne se contente plus d'agir sur les humains, les institutions ou les machines, mais qui ait une prise directe sur la matière ?

Image A.L.I : spectre du langage actif, de la parole ordinaire à l'action sur le monde physique
Image A.L.I : spectre du langage actif, de la parole ordinaire à l'action politique, technique et physique.

1. Le paradoxe de la chaise et de la guerre

Si je regarde une chaise et que je dis « feu », la chaise ne prend pas feu. Le mot n'agit pas magiquement sur l'objet. Il peut évoquer le feu, le représenter, le commander dans une fiction, mais il ne modifie pas directement la structure moléculaire du bois.

En revanche, si un chef d'État prononce publiquement « je déclare la guerre », cette phrase peut produire une cascade d'effets matériels : mobilisation de troupes, production d'armes, déplacements de populations, destructions, morts. Dans ce second cas, le langage n'a pas changé les lois physiques, mais il a modifié l'organisation du monde à travers des institutions, des croyances, des chaînes de commandement, des systèmes techniques et des corps obéissants.

Le problème n'est donc pas de savoir si le langage agit ou non. Il agit. La question est : par quels relais agit-il, à quelles échelles, avec quelles limites, et pourrait-on concevoir un langage capable de réduire la distance entre parole et transformation physique ?

2. Le spectre du pouvoir du langage

On peut organiser cette puissance selon un spectre.

Nommer. Donner un nom à une chose modifie sa place dans le monde humain. Une étoile, une maladie, une espèce, une frontière ou une œuvre n'existent pas de la même manière avant et après leur nomination. Le nom n'invente pas nécessairement l'objet, mais il le rend partageable, juridiquement repérable, transmissible.

Décrire. Une description oriente l'action. Décrire une situation comme crise, menace, miracle, accident, découverte ou invasion prépare déjà certains comportements. Le langage ne se contente pas de refléter le réel ; il fabrique des cadres d'interprétation.

Prescrire. Une ordonnance médicale, une consigne de sécurité, un protocole scientifique ou un ordre militaire sont des phrases orientées vers l'action. Leur efficacité dépend d'un réseau d'autorité, de confiance et d'exécution.

Déclarer. Certaines phrases font ce qu'elles disent : « je vous déclare mariés », « la séance est ouverte », « vous êtes condamné », « nous déclarons l'indépendance ». La philosophie du langage appelle cela des actes de parole performatifs, notamment chez J. L. Austin et John Searle. Ici, la phrase réussit si le contexte social reconnaît son pouvoir.

Programmer. Avec le code informatique, la phrase devient opératoire dans une machine. Une instruction ne décrit pas seulement une action : elle déclenche un calcul, ouvre une porte, déplace un robot, transfère de l'argent, modifie une image, pilote une antenne. Le langage devient exécutable.

Ritualiser. Dans les traditions religieuses, magiques ou politiques, certaines formules sont considérées comme capables de produire une transformation symbolique ou ontologique : bénir, maudire, consacrer, initier, exorciser, prêter serment. Même lorsqu'on les analyse comme faits sociaux, elles montrent que le langage peut reconfigurer la réalité vécue.

Commander la matière par médiation technique. Quand une commande vocale allume une lampe, quand un logiciel pilote une imprimante 3D, quand une séquence génétique est écrite pour produire une protéine, le langage agit sur la matière par l'intermédiaire d'un système de traduction.

3. Ce que le langage ne peut pas faire directement

Le langage humain ordinaire ne viole pas les lois physiques. Dire « lévitation » ne soulève pas une pierre. Dire « guérison » ne reconstruit pas automatiquement un organe. Dire « lumière » ne crée pas de photons, sauf si cette parole active un dispositif qui les produit.

Cette limite est importante. Elle empêche de confondre performativité, magie et causalité matérielle. Le langage agit toujours dans un milieu : un corps, une institution, une machine, une mémoire collective, un système nerveux, une société, un protocole technique. Sa force vient moins du mot isolé que du réseau qui lui donne prise.

4. Les actes de parole : quand dire, c'est faire

J. L. Austin a montré que certaines phrases ne décrivent pas un état du monde, mais accomplissent une action. Dire « je promets » n'est pas rapporter une promesse déjà existante : c'est l'acte même de promettre. Mais cet acte dépend de conditions de félicité : qui parle, dans quel contexte, selon quelles conventions, avec quelle reconnaissance par les autres.

Cette théorie déplace notre problème. Le pouvoir du langage n'est pas seulement dans les mots. Il est dans la combinaison entre une forme linguistique, un corps autorisé, une scène, une croyance collective et un système d'effets. Le langage agit parce qu'il est pris dans un monde.

5. Propagande, récit et guerre : la parole comme architecture du réel

Les guerres modernes ne commencent pas seulement avec des armes. Elles commencent aussi avec des récits : désignation d'un ennemi, simplification d'une menace, fabrication d'une urgence, naturalisation d'une violence. Le langage prépare les corps à accepter l'inacceptable. Il transforme des personnes en catégories, des territoires en objectifs, des morts futures en nécessité stratégique.

Un discours politique peut donc produire de la matière détruite sans toucher directement la matière. Il agit par chaînes : phrase, croyance, institution, ordre, logistique, arme, explosion. La causalité est longue, mais elle est réelle. Le langage est ici un déclencheur macroscopique.

6. Rituel, incantation : la parole comme dispositif de transformation

Avant même la philosophie analytique des actes de parole, les sociétés ont pensé certaines formes de langage comme des opérations : prière, serment, bénédiction, malédiction, formule magique, chant funéraire, déclaration d'alliance, parole de guérison, invocation. Dans le rituel, le langage n'est jamais seulement informationnel. Il est situé, répété, adressé, accompagné de gestes, d'objets, de rythmes, de costumes, de lieux et de corps réunis.

L'incantation montre une dimension essentielle du langage actif : la phrase ne tire pas sa force d'elle-même, mais d'un agencement. Un mot prononcé seul dans une pièce vide n'a pas le même effet qu'un mot prononcé au bon moment, par la bonne personne, devant une communauté, avec les bons gestes et les bons objets. Le rituel est donc une technologie ancienne de mise en puissance du langage.

Pour A.L.I, cette question est décisive. Une communication interstellaire pourrait ne pas être un message isolé mais un protocole complet : fréquence, répétition, orientation, durée, seuil d'écoute, état du récepteur, disposition de l'espace. Le langage actif serait alors moins une phrase qu'une scène d'apparition.

7. Psychologie, corps et parapsychologie : quand les mots modifient l'état interne

Le langage agit aussi sur le corps. Une phrase peut accélérer le rythme cardiaque, déclencher une peur, calmer une douleur, modifier une posture, produire une honte, une confiance, une transe ou une mobilisation. Les psychothérapies, l'hypnose, la suggestion, les mantras, les slogans politiques et les consignes sportives montrent que les mots peuvent réorganiser l'attention, la mémoire, la respiration et l'action.

Le lien entre esprit et corps ne signifie pas que le langage abolit les lois physiques ; il rappelle que le corps humain est lui-même un milieu sensible aux signes. La parole transforme les représentations, et les représentations modifient les conduites, les hormones, les tensions musculaires, les attentes perceptives. Le langage du corps répond au langage verbal.

La parapsychologie et les recherches sur les perceptions dites extrasensorielles abordent cette zone de manière plus controversée : télépathie, influence mentale, intuition à distance, états modifiés de conscience. Même lorsque ces phénomènes restent discutés scientifiquement, ils intéressent A.L.I comme imaginaire expérimental : ils demandent ce qu'il faudrait mesurer si une information passait autrement que par les canaux sensoriels classiques.

8. Physique et métaphysique : peut-on parler aux lois du monde ?

Du point de vue de la physique, un mot est d'abord un phénomène matériel : vibration de l'air, onde sonore, inscription graphique, impulsion électrique, signal lumineux. Il peut agir sur la matière s'il transporte de l'énergie ou s'il est branché sur un dispositif qui le traduit en action. La commande vocale qui allume une lampe n'est pas magique : elle passe par microphone, reconnaissance, code, relais, courant électrique.

La métaphysique pose une question plus radicale : les lois du monde sont-elles indépendantes de tout langage, ou certaines formes de description participent-elles à la constitution de ce que nous appelons réel ? Les mathématiques, par exemple, ne changent pas directement la gravitation, mais elles permettent de prévoir, construire, lancer des satellites, transformer la planète. Elles sont un langage qui n'agit pas sur la loi physique, mais sur notre capacité à entrer dans cette loi.

L'hypothèse la plus spéculative serait celle d'un langage accordé aux structures profondes du réel : un langage capable de produire des effets non parce qu'il commanderait la matière de l'extérieur, mais parce qu'il serait écrit dans la même grammaire que les champs, les particules, les symétries, les résonances. A.L.I peut traiter cette idée comme une fiction opératoire : chercher non pas une langue universelle, mais des syntaxes compatibles avec les modes d'existence de la matière.

9. IA incarnée : du LLM au monde physique

Les grands modèles de langage ont rendu visible une forme nouvelle de puissance linguistique : une phrase peut produire un texte, une image, du code, un plan, une analyse, une simulation. Mais tant que le modèle reste enfermé dans l'espace symbolique, son action sur le monde dépend d'interfaces externes : humains, API, robots, capteurs, outils, systèmes de commande.

Yann LeCun insiste depuis plusieurs années sur les limites des LLM lorsqu'ils ne disposent pas d'un modèle du monde robuste. Ses travaux autour de l'IA « objective-driven » et des architectures de type JEPA défendent l'idée qu'une intelligence artificielle doit apprendre à prédire, planifier et agir dans le monde, et pas seulement à produire la prochaine unité de langage. Autrement dit, le passage décisif n'est pas seulement de parler mieux, mais de relier langage, perception, action et modèle physique.

Pour A.L.I, cette transition est centrale : un LLM est déjà un laboratoire du langage, mais une IA incarnée deviendrait un laboratoire du langage actif. Elle pourrait transformer une phrase en expérience, en geste robotique, en mesure, en protocole de laboratoire, en signal radio, en fabrication matérielle. Le langage cesserait d'être seulement génératif ; il deviendrait opératoire.

10. Art, langage et représentation : quand l'énoncé devient œuvre

L'art a déjà largement exploré l'idée d'un langage qui ne se contente pas de représenter le monde mais qui organise une situation. La poésie visuelle, le lettrisme, la poésie concrète et les calligrammes ont traité la langue comme forme plastique : la phrase devient dessin, architecture, rythme typographique, partition de lecture. Mallarmé, Apollinaire, Isidore Isou, Henri Michaux ou les poètes concrets montrent que le langage n'est pas seulement linéaire : il peut devenir espace.

Calligramme d'Apollinaire, Tour Eiffel
Guillaume Apollinaire, calligramme de la Tour Eiffel. La phrase quitte la ligne et devient forme visuelle. Image du domaine public via Wikimedia Commons.

L'art conceptuel a radicalisé ce déplacement. Chez Joseph Kosuth, notamment avec One and Three Chairs, l'objet, son image et sa définition linguistique coexistent : la chaise réelle, la photographie de la chaise et le texte qui définit la chaise. L'œuvre n'est plus seulement l'objet visible, mais le système de relations entre chose, image et mot. Pour A.L.I, cette structure est essentielle : un message extraterrestre pourrait lui aussi se présenter comme une triangulation entre objet, signal et définition.

Joseph Kosuth, One and Three Chairs
Joseph Kosuth, One and Three Chairs, 1965. Objet, image, définition : trois états d'une même chose. Photo via Wikimedia Commons, notice de référence au MoMA.

Lawrence Weiner a poussé encore plus loin l'idée d'une œuvre comme énoncé. Ses phrases murales existent comme œuvres même si l'action qu'elles décrivent n'est pas réalisée matériellement. L'énoncé devient une proposition d'événement. Il peut être lu, imaginé, exécuté ou laissé en puissance. Cette position intéresse directement le langage actif : une phrase peut être une œuvre parce qu'elle contient une action possible.

Lawrence Weiner, From One Language to Another
Lawrence Weiner, From One Language to Another. Le langage comme œuvre publique, surface et protocole mental. Photo via Wikimedia Commons.

Le groupe Art & Language a fait du langage le matériau même de l'art conceptuel : textes, discussions, protocoles, définitions, systèmes critiques. L'œuvre devient un champ discursif, une opération de pensée, parfois plus proche d'un laboratoire philosophique que d'un objet esthétique traditionnel. Le langage n'accompagne plus l'œuvre ; il est l'œuvre.

Art & Language, Mirror Piece
Art & Language, Mirror Piece. Le langage, l'objet et la réflexion deviennent un système critique. Photo via Wikimedia Commons.

Dans l'art d'instruction, Yoko Ono, avec Grapefruit, propose des œuvres sous forme de consignes : imaginer, écouter, découper, attendre, rêver, accomplir ou non une action. Sol LeWitt, de son côté, montre que l'idée ou la règle peut générer l'œuvre, même si elle est exécutée par d'autres mains. La phrase devient programme, partition, protocole. On retrouve ici une forme très claire de langage actif : l'énoncé produit une réalité dès qu'un corps ou un système accepte de l'exécuter.

Sol LeWitt, wall drawing
Sol LeWitt, wall drawing. La règle précède l'exécution : l'œuvre existe comme protocole transmissible. Photo via Wikimedia Commons.

Les partitions graphiques de John Cage, Cornelius Cardew ou Cathy Berberian, ainsi que certaines pratiques Fluxus, déplacent la notation musicale vers l'action ouverte. Le signe ne commande plus une note précise ; il propose un champ de possibles. Le langage agit en orientant une performance. Il ne décrit pas un son : il rend possible une situation sonore.

Portrait de John Cage
John Cage, 1988. Sa pensée de l'écoute, du silence, de la partition et de l'indétermination fait du langage un déclencheur de situations. Photo via Wikimedia Commons.

Enfin, les arts numériques, l'art génératif et le live coding rendent cette question littérale : écrire, c'est faire apparaître une forme, un son, un mouvement. Le code devient langage performatif, lisible par une machine et visible dans le monde. L'art a donc déjà préparé plusieurs modèles pour A.L.I : langage-image, langage-objet, langage-protocole, langage-partition, langage-code, langage-rituel.

11. Code, ADN, algorithmes : vers un langage matériel

Les langages informatiques montrent une autre voie. Un code n'est pas seulement compris : il est exécuté. Il fait bouger des électrons, déclenche des machines, calcule des trajectoires, contrôle des robots, génère des sons et des images. Le langage devient matière en passant par une architecture capable de le lire.

La biologie ajoute une couche plus vertigineuse : l'ADN peut être décrit comme un système de codage dont la lecture produit des formes vivantes. Une séquence ne ressemble pas à un bras, une aile ou une enzyme ; pourtant, à travers une machinerie cellulaire, elle participe à leur production. Ici, le langage n'est plus métaphore : il devient structure opératoire.

Cette idée ouvre une hypothèse A.L.I : une civilisation extraterrestre pourrait ne pas envoyer un message à interpréter, mais un langage à exécuter. Non pas une phrase qui signifie « nous sommes ici », mais une syntaxe capable de produire un objet, une réaction, une mémoire, une transformation mesurable.

12. Hypothèse : un langage à prise réelle

Appelons langage actif un langage dont chaque énoncé est lié à un effet vérifiable dans le monde. Il ne s'agit pas d'une parole magique, mais d'un système où le signe, le dispositif de lecture et le milieu physique sont conçus ensemble.

Un tel langage pourrait prendre plusieurs formes :

Langage électromagnétique. Des séquences lumineuses ou radio capables de déclencher des états précis dans un matériau, un capteur ou un organisme.

Langage chimique. Des phrases moléculaires qui agissent comme des instructions sur des cellules, des cristaux, des bactéries ou des polymères.

Langage gravitationnel ou géométrique. Plus spéculatif : des formes d'information inscrites dans des champs, des courbures, des résonances ou des topologies.

Langage social total. Un système où une phrase modifie instantanément une organisation collective, comme un protocole partagé par des milliers d'agents humains ou artificiels.

Dans tous les cas, le langage ne serait plus séparé de son infrastructure. Il serait une interface entre signe et force.

13. L'hypothèse extraterrestre : et si le message était une action ?

La recherche de signaux extraterrestres suppose souvent qu'un message est d'abord une information à décoder. Mais une intelligence très avancée pourrait concevoir le message comme une intervention minimale : une séquence qui, reçue par le bon milieu, produit quelque chose.

Le message ne dirait pas « bonjour ». Il ferait apparaître un motif. Il ne décrirait pas une technologie. Il enclencherait une expérience. Il ne transmettrait pas une cosmologie. Il fabriquerait une situation où cette cosmologie devient observable.

Cela rejoint une question centrale pour A.L.I : comment reconnaître un langage qui ne cherche pas à être lu comme un texte, mais à être éprouvé comme un changement ?

14. Risques : le langage comme arme

Un langage capable d'agir sur le réel serait immédiatement ambivalent. Tout langage actif est aussi potentiellement une arme. Une formule politique peut déclencher une guerre ; un code peut fermer un réseau électrique ; une séquence génétique peut modifier un organisme ; une image peut provoquer une panique ; une rumeur peut déplacer une foule.

La puissance du langage exige donc une éthique du déclenchement. Qui a le droit de parler ? Qui vérifie l'effet ? Qui arrête la chaîne ? Qui assume les conséquences matérielles d'une phrase ? Dans un monde saturé d'IA, de réseaux sociaux, d'automatisation et de biotechnologies, ces questions ne sont plus théoriques.

15. Pistes de dispositifs A.L.I

Le spectre performatif. Une installation où le visiteur prononce différents mots devant des objets. Certains mots ne produisent rien, d'autres déclenchent des sons, lumières, mouvements, archives, statistiques de conflits ou chaînes d'ordres. Le dispositif rend visible la distance entre mot, autorité et effet.

La chaise et la guerre. Deux scènes opposées : une chaise reste immobile devant le mot « feu », tandis qu'une phrase institutionnelle déclenche une cascade de documents, cartes, sons militaires et témoignages. L'œuvre montre que le langage agit moins par magie que par système.

Le langage exécutable. Un programme où des phrases poétiques sont traduites en instructions physiques : lumière, fréquences, micro-mouvements, impression 3D, synthèse sonore, activation de relais. Chaque phrase devient une sculpture d'effets.

Grammaire de contact. Un protocole expérimental pour A.L.I : créer des messages qui ne se contentent pas de représenter une idée, mais qui produisent une expérience mesurable chez le récepteur.

16. Conclusion : parler, c'est déjà déplacer le monde

Le langage ne brûle pas directement une chaise. Mais il peut organiser des foules, déplacer des armées, écrire des lois, programmer des machines, produire des croyances, transformer des corps et orienter l'histoire. Sa puissance n'est pas surnaturelle ; elle est relationnelle, technique, sociale, biologique.

L'hypothèse A.L.I consiste à prolonger cette puissance : imaginer un langage dont la structure serait pensée dès l'origine comme action. Un langage qui ne serait ni seulement parole, ni seulement code, ni seulement rituel, mais une grammaire d'effets. Dans une rencontre interstellaire, comprendre un message pourrait signifier : observer ce qu'il fait au monde.

Sources et références

J. L. Austin, How to Do Things with Words, 1962.

John Searle, Speech Acts, 1969.

Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques, 1953, pour l'idée des jeux de langage.

Michel Foucault, L'ordre du discours, 1971, pour le rapport entre parole, institution et pouvoir.

Judith Butler, Excitable Speech, 1997, pour la performativité, la blessure symbolique et le pouvoir social des énoncés.

Yann LeCun, A Path Towards Autonomous Machine Intelligence, 2022, et les recherches Meta AI sur les architectures JEPA et les modèles du monde.

Joseph Kosuth, One and Three Chairs, 1965 ; Lawrence Weiner, œuvres-énoncés ; Art & Language ; Yoko Ono, Grapefruit, 1964 ; Sol LeWitt, textes sur l'art conceptuel ; John Cage, Fluxus, partitions graphiques et art d'instruction.

Claude Shannon, A Mathematical Theory of Communication, 1948, pour la séparation entre information, signal et bruit.

Références culturelles : formules magiques, serments, déclarations de guerre, rituels politiques, code informatique, ADN, IA génératives et récits de contact extraterrestre.