Hypothèse : transformer le doigt tendu en terminal de langage. Le doigt connecté devient une petite interface portée qui permet d’envoyer, recevoir ou simplement rejouer des messages en Morse lumineux. La version la plus simple n’a même pas besoin de Bluetooth : un doigt qui pulse un message préprogrammé. La version plus avancée permet de parler à son doigt, de transmettre le message à un autre doigt, puis de le décoder en texte ou en voix.
État de la recherche objet
Plusieurs objets commerciaux existent déjà autour du doigt lumineux, mais aucun ne correspond exactement à un doigt Morse programmable A.L.I.
- Bagues lumineuses de fête : des objets très simples comme les LED finger light rings existent déjà. Ils prouvent que la forme “lumière au doigt” est immédiatement compréhensible et très peu coûteuse. Ils peuvent servir de ready-made ou de coque à détourner.
- Jouets E.T. lumineux : il existe des jouets, costumes et accessoires inspirés du doigt lumineux de E.T. Cela confirme la puissance culturelle du geste, mais il faut éviter de copier l’imagerie du film. A.L.I peut reprendre la typologie du doigt lumineux, en version abstraite et télégraphique.
- Dé à coudre / doigtier : je n’ai pas trouvé de dé à coudre connecté commercial simple. En revanche, le dé à coudre est une forme excellente : petit objet de doigt, protecteur, ancien, domestique, transformable en émetteur lumineux.
- Bague griffe gothique : les bagues armures ou griffes articulées existent déjà. Elles donnent une forme plus dramatique : une griffe lumineuse qui devient antenne Morse.
- Gant : le gant reste la solution la plus réaliste pour cacher batterie, carte et câbles, tout en gardant l’index comme organe lumineux.
- NFC LED : les tags NFC lumineux peuvent s’allumer au contact d’un téléphone, mais ils ne peuvent pas, seuls, exécuter un programme Morse. Ils peuvent en revanche déclencher une page, une action ou une transmission depuis le téléphone.
Trois versions possibles
- Version 1 : doigt Morse lumineux autonome. Un bouton lance un message Morse préprogrammé. La pointe du doigt clignote. C’est la V1 la plus simple et la plus forte visuellement.
- Version 2 : doigt NFC déclencheur. Le doigt contient un tag NFC. Quand il touche le téléphone, il ouvre une page A.L.I qui envoie ou joue un message Morse. La lumière peut être produite par le téléphone, ou par un objet séparé.
- Version 3 : deux doigts connectés. Deux doigts communiquent en Bluetooth. On parle ou écrit un message, il est converti en Morse, envoyé, reçu, rejoué en lumière/vibration, puis décodé.
Forme minimale : bague LED détournée
La piste la plus rapide consiste à partir d’une bague lumineuse de fête, type LED finger light ring. Elle contient déjà une LED, un petit boîtier, une pile et une attache de doigt. On peut d’abord l’utiliser telle quelle, en Morse manuel : allumer/éteindre en rythme.
Ensuite, une version hackée peut garder la coque et la LED, mais remplacer l’interrupteur par un microcontrôleur miniature qui pulse automatiquement un message comme A.L.I, HELLO, CONTACT ou WE ARE HERE.
Forme poétique : dé à coudre télégraphique
Le dé à coudre est une piste très forte. Un dé métallique perforé peut laisser sortir la lumière par ses trous, comme une constellation de points. Un dé translucide ou imprimé en résine peut devenir une petite capsule lumineuse. Dans les deux cas, il peut couvrir le bout de l’index et transformer la couture en télégraphie.
- Dé métallique : très beau, mais il faut isoler électriquement l’intérieur.
- Dé plastique/translucide : plus simple pour diffuser la LED.
- Dé imprimé 3D : permet de prévoir logement LED, bouton, passage de fils et fixation.
- Électronique déportée : batterie et carte peuvent rester dans une bague, une manchette ou au poignet.
Forme bijou : bague griffe Morse
Une bague griffe gothique ou une armure de doigt peut devenir la version sculpturale du projet. La griffe au bout de l’index devient le phare. La structure articulée suit les phalanges. La LED est cachée dans la pointe ou sous un dôme translucide ajouté.
Cette version est moins “jouet” et plus performative : une griffe de contact, un bijou télégraphique, une antenne corporelle.
Forme réaliste : gant de contact
Le gant est probablement la meilleure solution si l’on veut un objet fiable. Il offre de la place pour l’électronique tout en gardant l’index léger.
- Carte et batterie dans une poche sur le dos de la main.
- LED au bout de l’index, sous un dôme silicone.
- Bouton sur le côté de l’index ou dans la paume.
- Vibreur près de la phalange ou sur le dos de la main.
- Fils fins cousus, collés ou glissés dans une gaine textile.
NFC : ce qui est possible
Un tag NFC LED peut être intégré dans une bague, un dé ou un doigtier. Quand on touche le téléphone, le champ NFC peut allumer brièvement la LED du tag et ouvrir une URL. Cela donne un geste très beau : le doigt touche le téléphone, s’active, puis déclenche une action.
Mais un tag NFC LED passif ne peut pas, à lui seul, clignoter en Morse programmé. Il n’a pas de microcontrôleur actif, pas d’horloge, pas de batterie et pas de contrôle fin de la LED. La LED s’allume surtout tant qu’elle reçoit de l’énergie du champ NFC.
- Possible : toucher le téléphone pour ouvrir une page A.L.I Morse.
- Possible : utiliser le téléphone pour faire le Morse avec son flash, son écran, son son ou sa vibration.
- Possible : envoyer un message à un serveur ou à un autre téléphone depuis la page ouverte par NFC.
- Pas simple : programmer directement la LED NFC passive pour pulser toute seule en Morse.
Principe de conversation entre deux doigts
Le scénario le plus fort reste celui de deux personnes portant chacune un doigt connecté. Chaque doigt peut émettre vers l’autre un message Morse. Le second doigt reçoit le message, le décode, puis le transforme en texte, en son synthétique ou en phrase parlée.
- Allumer : le doigt entre en attente, LED lente, Bluetooth actif.
- Composer : on parle à une application mobile ou on écrit une phrase courte.
- Envoyer : on appuie sur le bouton du doigt, qui convertit le message en Morse.
- Transmettre : le message est envoyé en Bluetooth à un autre doigt connecté.
- Recevoir : le doigt destinataire rejoue le Morse en lumière et vibration.
- Décoder : le téléphone, l’ordinateur ou le microcontrôleur traduit le Morse en texte, puis peut le lire à voix haute.
Pourquoi le Morse ?
Le Morse est intéressant parce qu’il est à la fois archaïque, minimal, corporel et déjà inter-média. Il peut être vu, entendu, touché. Un point devient une vibration courte ou un flash court. Un trait devient une vibration longue ou un flash long. Le langage passe alors du texte au geste, puis du geste au corps.
Dans le contexte A.L.I, le Morse devient une première grammaire de contact : durée, silence, répétition, rythme. On ne parle plus seulement avec des mots, mais avec une temporalité.
Version réalisable 1 : doigt lumineux sans Bluetooth
La première maquette peut être extrêmement simple : un doigtier, une LED, un bouton, une batterie et un microcontrôleur. Aucun réseau, aucune application. Le doigt contient quelques messages préprogrammés.
- Appui court : message
A.L.I. - Appui long : message
HELLO. - Double appui : message
CONTACT. - Maintien : répétition du dernier message.
Cette version est la plus rapide à fabriquer et suffit à tester la puissance visuelle du projet.
Version réalisable 2 : deux doigts Morse simples
La seconde version peut être fabriquée comme une paire de prototypes. Chaque doigt contient le minimum nécessaire pour envoyer et recevoir un message.
- Microcontrôleur : ESP32-C3 ou Seeed XIAO ESP32C3, car ils gèrent le Bluetooth Low Energy et sont petits.
- Bouton : bouton tactile ou bouton souple placé sur le côté du doigt pour lancer l’envoi.
- LED : NeoPixel miniature ou LED RGB diffuse dans le dôme de la pointe.
- Vibration : micro moteur vibrant pour rejouer le Morse en haptique.
- Batterie : LiPo 150 mAh environ, avec module de charge USB-C.
- Gaine : doigtier textile, TPU souple imprimé 3D, dé à coudre modifié, bague lumineuse ou silicone translucide.
Version réalisable 3 : parler à son doigt
Une version plus avancée ajoute la reconnaissance vocale. On parle au téléphone ou à l’ordinateur : “bonjour”, “je suis là”, “réponds-moi”. Le logiciel transforme la phrase en texte, puis en Morse, puis l’envoie au doigt.
- Entrée vocale : Web Speech API dans le navigateur, reconnaissance vocale mobile, ou application dédiée.
- Conversion texte → Morse : table simple de caractères A-Z, chiffres et signes courts.
- Transmission : BLE vers le doigt émetteur, puis BLE direct ou relais vers le doigt récepteur.
- Décodage : le récepteur reconstitue le texte à partir des points, traits et silences.
- Sortie vocale : synthèse vocale du navigateur ou du téléphone pour dire la phrase reçue.
Le dispositif devient alors une chaîne complète : voix → texte → Morse → Bluetooth → lumière/vibration → texte → voix.
Architecture technique
- Doigt A : bouton, LED, éventuellement vibreur, microcontrôleur.
- Doigt B : LED, vibreur, microcontrôleur, réception du message.
- Interface : page Web Bluetooth ou application mobile pour saisir/parler le message.
- Protocole : message texte envoyé en BLE, puis conversion Morse locale ou conversion avant envoi.
- Sorties : flashs courts/longs, vibrations courtes/longues, affichage texte, voix synthétique.
Pour simplifier le premier prototype connecté, il vaut mieux envoyer le texte complet en Bluetooth, puis laisser le doigt récepteur générer lui-même les flashs Morse. Cela évite les problèmes de timing pendant la transmission.
Protocole Morse proposé
- Point : 1 unité de temps, par exemple 120 ms.
- Trait : 3 unités, donc 360 ms.
- Silence entre éléments : 1 unité.
- Silence entre lettres : 3 unités.
- Silence entre mots : 7 unités.
La vitesse pourrait être réglable. Une vitesse lente rend le message presque cérémoniel. Une vitesse rapide transforme le doigt en petite machine télégraphique intime.
Messages BLE simples
pair:request: demander l’appairage avec un autre doigt.msg:text:BONJOUR: envoyer une phrase ou un mot.msg:morse:-... --- -. .--- --- ..- .-.: envoyer directement le Morse.play:start: commencer la lecture lumière/vibration.play:done: message terminé.ack: message reçu.
Le récepteur peut confirmer la réception par trois pulses lumineux courts, comme une petite réponse corporelle.
Composants possibles
- Sans Bluetooth : ATtiny, Adafruit QT Py, Seeed XIAO RP2040, Arduino Nano miniature.
- Avec Bluetooth : ESP32-C3, ESP32-S3, Seeed XIAO ESP32C3, Adafruit Feather nRF52840 ou Arduino Nano 33 BLE.
- Lumière : NeoPixel 2020/3535, LED RGB diffuse, LED blanche très lumineuse, fibre optique courte, ou LED sous silicone.
- Bouton : bouton mécanique très plat, bouton textile conducteur, capteur capacitif, ou capteur de pression FSR.
- Haptique : moteur vibrant coin motor, moteur LRA, ou driver DRV2605L pour des vibrations plus fines.
- Énergie : batterie LiPo 80 à 250 mAh, module charge LiPo USB-C, interrupteur coulissant, ou connecteur magnétique pogo pins.
- Matière : bague lumineuse détournée, dé à coudre, silicone platine translucide, TPU imprimé 3D souple, gant textile ou bague griffe.
Étapes de prototypage
- Prototype jouet : acheter des bagues LED de doigt et tester le Morse manuel.
- Prototype autonome : LED + bouton + microcontrôleur + message préprogrammé.
- Prototype forme : intégrer la LED dans un dé à coudre, une bague griffe ou un doigtier.
- Prototype interface : écrire une page Web qui convertit texte et voix en Morse.
- Prototype BLE : envoyer
msg:textdepuis la page Web vers le doigt. - Prototype duo : deux ESP32 s’envoient un message simple, avec accusé de réception.
- Prototype vocal : le récepteur décode et le navigateur lit la phrase à voix haute.
- Prototype installation : deux visiteurs échangent des phrases lentes par leurs doigts.
Première maquette conseillée
Je commencerais par une version sans Bluetooth : une bague lumineuse ou un dé à coudre modifié, une LED, un bouton et un microcontrôleur minuscule qui joue A.L.I, HELLO ou CONTACT en Morse. Cette maquette permet de tester immédiatement la forme, le rythme et la puissance poétique du doigt lumineux.
Ensuite seulement, une deuxième version peut ajouter deux Seeed XIAO ESP32C3, deux LEDs, deux boutons, deux batteries et une page Web Bluetooth. Le prototype peut fonctionner même si chaque doigt reste relié à un navigateur au début. Le plus important est de faire exister la conversation : une personne parle à son doigt, son doigt transmet, l’autre doigt reçoit, puis lit le message.
Question LABO : si un doigt peut traduire une phrase en lumière, vibration et Morse, est-ce encore une prothèse, ou déjà un organe de langage ?
